Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la fatigue de compassion, de l’usure de compassion, de la détresse empathique ou encore du trauma vicariant? Si ces appellations ne vous sont pas familières, il n’est pas trop tard pour en apprendre davantage sur le sujet.
Travailler auprès de personnes en détresse expose à des risques psychologiques souvent méconnus. Les professionnels de la santé et des services sociaux sont particulièrement vulnérables, surtout en l’absence de stratégies d’autosoins ou de soutien collectif.
L’information est une ressource inestimable en matière de prévention : il est essentiel de reconnaître les signes, de s’appuyer sur des ressources adaptées et de favoriser une culture organisationnelle bienveillante. En comprenant mieux ce qui se passe, les risques sont réduits et la mise en action est plus rapide, lorsque nécessaire.
La fatigue de compassion, l’usure de compassion ou la détresse empathique
Selon Pascale Brillon, docteure en psychologie, « la fatigue de compassion peut survenir lorsqu’une personne est exposée de façon répétée à des degrés de souffrance intense. Il s’agit d’une usure profonde, douloureuse, à la détresse d’autrui. Elle devient hypersensible à leur état émotionnel ou à la violence en général. Elle est vidée de toute vitalité, incapable de donner, d’aider, de soutenir. Les autres sont devenus synonymes de souffrance, de responsabilités au-dessus de ses forces et elle n’a qu’une envie : les éviter ou se désinvestir. La fatigue de compassion s’accompagne souvent de remises en question douloureuses de la vision des choses. »
Le trauma vicariant
Toujours selon la Dre Brillon, « le trauma vicariant peut affecter une personne lorsque celle-ci intervient auprès d’une clientèle traumatisée et qu’elle entend à répétition des descriptions détaillées de scènes perturbantes et traumatiques. Ces images troublantes peuvent devenir les siennes et entraîner des reviviscences, de l’évitement et un état d’alerte constant. Au travail, le trauma vicariant peut donner envie d’éviter certains patients ou d’ignorer les allusions à des expériences traumatiques, car cela perturbe trop. »
La fatigue de compassion résulte donc d’une exposition répétée à la souffrance, alors que le trauma vicariant est plutôt lié à une appropriation involontaire d’images ou de récits traumatisants.
Les personnes à risque
Les professionnels exposés à la détresse humaine : infirmiers, médecins, intervenants sociaux, psychologues, ambulanciers, etc.
Les facteurs aggravants
• Empathie élevée
• Manque de stratégies d’autosoins
• Charge émotionnelle importante
• Exposition répétée à des récits traumatiques
• Isolement professionnel ou absence de soutien
Facteurs de protection
• Autosoins réguliers : sommeil suffisant, alimentation équilibrée, activité physique.
• Gestion du stress : techniques de relaxation, méditation, respiration consciente.
• Limites professionnelles claires : savoir dire non, éviter la surcharge.
• Capacité à reconnaître ses émotions : intelligence émotionnelle, auto-observation, développer la résilience.
• Formation continue : comprendre les mécanismes du trauma et les stratégies de prévention.
• Supervision clinique et soutien professionnel : espaces pour échanger, supervision régulière.
• Culture de soutien : reconnaissance du travail, valorisation des efforts.
• Politiques de prévention : programmes de bien-être, accès à des ressources psychologiques.
• Charge de travail équilibrée : éviter les cas trop lourds ou trop nombreux ou répartir les dossiers des cas lourds entre les intervenants lorsque possible.
• Réseau de soutien solide : collègues, amis, famille.
• Groupes de pairs : partage d’expériences, normalisation des émotions.
• Activités sociales hors travail : maintenir une vie personnelle riche.
Bien qu’il ne s’agisse pas toujours d’un « diagnostic » médical formel comme une maladie, ces états vont nécessiter une reconnaissance et une prise en charge par des professionnels (psychologues, psychothérapeutes, travailleurs sociaux) pour leur gestion, souvent par des stratégies de soin de soi, de renforcement de la résilience et des interventions pour éviter l’aggravation des symptômes.
Sachant cela, gardons l’œil ouvert, les oreilles ouvertes et les mains tendues… Agissons en mettant en lumière les facteurs de protection.
Dépister la fatigue de compassion et le trauma vicariant
Des outils de dépistage et des ressources de soutien sont disponibles pour accompagner les intervenants dans la prévention et la gestion de ces états. N’hésitez pas à consulter, à échanger avec vos pairs et à valoriser la formation continue pour renforcer votre résilience.
À noter qu’en aucun cas ces tests ne remplacent l’avis des professionnels de la santé et des services sociaux.
– Test d’usure de compassion
– Outils pour le dépistage de la fatigue de compassion
En cas de doute
Parlez-en, consultez. La prévention est plus efficace que le curatif. Mieux vaut prévenir que guérir!
– Répertoire – Ressources de soutien
Article rédigé par Isabelle Dallaire
Travailleuse sociale, personne-ressource du réseau des veilleurs
Service du développement organisationnel

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